06 58 58 87 99 Île-de-France - 07 81 41 10 90 Côte d'Opale... | ... Marc CLÉMENT-HINGER est un écrivain-conseil© référencé par le Groupement des Écrivains-Conseils©
déclinaison du signe esperluette

L’écrivain « pur » écrit avec son style propre, et si au fil des années ce style peu évoluer, le lecteur retrouvera toujours
la « patte » de cet auteur. L’écrivain pour autrui, l’auteur fantôme, la plume littéraire pour un autre, devra écrire selon les désirs ou les directives de son prescripteur. Sur commande, il rédigera cet écrit avec un registre de langage soutenu, familier, voire argotique… du plus académique au plus débridé, en prose ou en poésie… dépouillé, prolixe ou lapidaire, maniéré ou laconique… Cet article présente quelques textes écrits pour autrui selon différents styles.

… PICARESQUE

L’odeur d’anis d’un verre glacé me réveilla. Swetlana m’avait servi un délicieux mélange d’herbes qui me propulsait hors de la tente suspendue pour atterrir dans les bras fins et délicats de Swetlana, qui pour cette fois, avait un regard sensuel, les yeux relevés à la limite des paupières, à la Russe, c’est-à-dire violent. Je me dégageais promptement de son étreinte qui semblait sans équivoque cette fois.
Troublé, je restais accroché à mon verre aux herbes envoûtantes et rejoins un fauteuil dominant la vallée de la Durance. La lumière était pastel, douce, comme une invitation à se laisser aller au vent virevoltant faisant frémir les feuilles argentées des oliviers, dans un léger frisson provençal à la Giono. Ces instants de silence ne pouvaient témoigner de mon tri opérationnel pour la semaine du 6 au 13 juillet à Pamplona. Swetlana me scrutait, recherchant une expression révélatrice de mes pensées. Alors que bouillonnaient dans mon cerveau en sur-chauffe les deux dossiers Marie-Thérèse et Alexeï, il fallait avoir un opéra espagnol d’une parfaite harmonie, frôlant la perfection. Com-me un tango, chaque pas devait s’enchaîner dans un mouvement d’ensemble magnifique, abouti !
Tout à coup, des notes de musique résonnent, incongru dans cet endroit du monde, cet îlot vert. Quelqu’un a branché du rock iranien, guitare électrique et boîte à ryth-mes électroniques. Étrange ambiance musicale en ce lieu. Et surtout, questionnement du rock iranien, cela ne court pas les ruelles de Manosque. D’où provient ce C.D. ? Le parfum d’Iran me fait toujours être vigilant.

… DESCRIPTIF

A l’office attenant à la cuisine, dans un haut placard sans âge, aux portes en bois de chêne clair, s’étageaient les rayons des divers ustensiles propres à la préparation des repas. A bras levé, alignés et superposés en piles régulières, aux couleurs unies ou à motifs rayés, les humbles torchons dédiés aux basses besognes attendaient leur tour de travail.
Attenant à la vaste salle à manger, l’office de service abritait les carafes en cristal, les verres à motifs gravés, les plats de toutes taille, porcelaines ornées de fins dessins en arabesques, ou lourds plats d’argent aux motifs à entrelacs, théières précieuses, toutes belles pièces dédiées aux plaisir des yeux et aux délicatesses de la bonne chère. A main levée, des séries de serviettes de tables, damassées, d’un blanc pur, offraient à l’œil les chiffres délicatement entrelacés de la famille. Bien immémorial, dont on ne savait l’âge.

… POÉTIQUE

Dans les couloirs obscurs des rêves de mes nuits
Tourbillonnent et s’effacent des monstres inassouvis.
Noirceurs sans nulle figure, enveloppes indistinctes,
Leurs sinueux ballets où gronde un son distinct
Déroule sa farce hideuse, derrière mes yeux, tout près.
C’est carnaval macabre, et ma Mort présentée.
Le son en est lugubre, déchire ma pauvre tête.
Plaintes, vociférations et cris hideux de bêtes,
Frôlements et caresses, mon corps meurtri inondent,
Et toujours cette invite, à rejoindre la ronde.
Des faces féminines, aux bouches édentées
Susurrent et geignent des mots d’un amour éventé.

… FAMILIER

Juste avant que le béton ne comble le puits, on a entendu un rire énorme, puissant, définitif.
« Sacré Bob, toujours le meilleur, il ne connaît toujours pas sa gauche de sa droite ! »
Et immédiatement après, entre deux hoquets de rires : « La clé, pour la valise, elle est dans ma poche ! »
Et plus rien, juste le glissement mouillé du ciment qui emplissait la cavité.
« Dommage, on l’aimait bien, dit quelqu’un ». « Oui, et maintenant, qui va nous trouver des affaires ? dit un autre ».
Nous sommes rentrés silencieusement dans la nuit froide, bercés par le ronronnement du moteur, absorbés dans nos pensées. Et soudain, un rire, puis deux, puis tous à rire comme des fous, les larmes aux yeux, unis dans la même conclusion. Frankie s’est alors tourné vers son passager penaud, et l’a apostrophé : « Bob, t’es toujours aussi con, tu confonds encore ta droite avec ta gauche ! »

… SENSUEL

… Il avait fait chaud et orageux cet après-midi-là, les éclairs secs et électriques claquaient au fond du vallon, et aussi derrière le mas, et au loin dans la vallée, plus bas, là ou un rayon de soleil tachait de bleu lumineux le ciel d’un gris sombre sur nos têtes. La chemise en coton de Fanette lui collait au dos, des ruisselets de sueur naissaient à ses aisselles et coulaient sur ses avant-bras, de même qu’au creux des aines, une moiteur sourde mouillait son sous-vêtement blanc à fin liséré de dentelle. Elle pestait contre ce mistral envahissant, tourmentant les bêtes et les gens, et qui gâchait son plaisir d’aller au bal du bourg ce soir. Plusieurs garçons l’avaient sollicitée pour qu’elle leur garde une danse, certains maladroitement, presque honteux de leur audace, d’autres, hardiment, les yeux brillants, de jeunes loups en chasse. Elle ne pensait qu’à un, pourtant, Pierre, le fils du garagiste de la Côte, si brun, si beau, le regard innocent, mais le torse musclé, les jambes longues, les mains larges et puissantes. Elle en rêvait, de ses mains, sur elle, sur ses joues, ses épaules. Elle s’interdisait de penser plus à ce que font les garçons et les filles, ses amies en avaient parlé en riant, la voix haute, les yeux pétillants. Une bourrasque soudaine la fouetta, enveloppant d’un air frais sa robe légère, la tirant de sa rêverie éveillée.

… HISTORIQUE

En l’an de grâce 1765, et à quelque 4 500 kilomètres du royaume d’Ashanti, en Afrique équatoriale, Marc-Antoine Foucault-Josselin contemple, par les larges baies vitrées de son bureau, l’agitation sur les quais du port de Nantes. Face à lui, de l’autre côté du fleuve, l’île Feydeau résonne des sons lourds et aigus issus des ateliers de construction et des bassins de radoub. À l’enseigne du Pirate, le Perroquet vert, la Tortue, ces estaminets populaires et colorés, en bord de quai, accueillent sur l’île Feydeau les marins désœuvrés et les ouvriers au repos, tous en recherche de distraction, d’alcool, de rixes, de filles faciles.
De nombreux navires sont amarrés à quai, se balançant lentement, bercés par le ressac : un trois-mâts aux voiles remontées, trois bricks, cinq goélettes. Des coques offrent aux regards la patine de leur bois verni, sombre ou clair, ou encore peintes en noir ou brun sombre avec les rambardes aux teintes bleues ou jaunes. Quelques lourdes gabarres font la navette jusqu’à l’embouchure pour chercher les marchandises que les plus gros bateaux ne peuvent apporter à Nantes, leur accès étant impossible par suite des envasements et courants changeants.
Par les fenêtres ouvrant sur la partie gauche du port, on aperçoit les élégantes maisons de commerces et maisons des armateurs qui ont pignon sur rue. Les familles De Bourgues, Montauduine, Grou et Descazeaux y possèdent les plus beaux hôtels à deux étages, signe de leur richesse et de leur rang social.
Ses ancêtres, les Foucault-Josselin ont acquis, agrandi et embelli au fil du temps l’hôtel particulier qui abrite les activités d’armateurs qu’ont été son père, et avant lui trois générations de Foucault-Josselin, nantais de bonne lignée. Leur négoce n’a pas été affecté par les gouvernants successifs de la France, des rois Louis aux mouvements révolutionnaires, car le commerce triangulaire établissait la fortune de tous : négriers, armateurs, commerçants, importateurs. Même les révolutionnaires avaient cruellement besoin de devises !

… LIBERTIN

La scène représente une clairière, la Marquise et le Chevalier se promènent lentement.
La marquise
Marquis, vous témoignez d’une impudence rare !
Le chevalier
Aussi bien que la foudre, frappé de vous revoir…
Elle fait mine de partir
Restez un peu, Madame, que mes yeux puissent croire
Qu’un ange aux mille grâces se donne à entrevoir !
La marquise
Un flatteur sans mesure, vous êtes, un rustre, un hussard,
Il serait bon, Monsieur, que votre abord barbare
S’amollisse et en vienne à une cour sans fards.
Le chevalier
Eh, Madame, Chevalier vainqueur de mille victoires,
Devrais-je sous vos lois abandonner ma Gloire ?
La marquise
En toute circonstance évitez l’encensoir,
Mille propos et fadaises qui sont des repoussoirs.
Le chevalier
Obligez-moi, Madame, donnez-moi la victoire
Ne cachez votre sein avec ce beau foulard…
La marquise, en le repoussant
Très obstiné vous êtes, on dirait un soudard
En campagne et en rut, un enragé paillard ! …

… TECHNIQUE

… Une métaphore historique et politique nous indique aussi les deux types de postures humaines face à la barbarie et à l’extermination; l’homme résistant résilient et l’homme acceptant son statut d’esclave, passif et résigné, hypnotisé, fantôme glissant lentement vers la mort. D’un côté la force de vie, de l’autre l’abandon à la mort. La toile de fond de ces violences conjugales, c’est l’échec de la relation d’amour. Le mirage de l’amour pour des êtres en difficultés identificatoires et en carence narcissique précoce ! « Si l’emprise n’est pas totale, n’a pas éliminé le corps au seul bénéfice de la tête, la victime conserve une chair réduite aux seules sensations injectées par l’agresseur. Celles-ci constituent un corps étranger fiché dans la chair, dont la victime ne peut se défaire, mais surtout, elles sont une source qui impose des sensations exaspérées et des émotions irrépressibles. « La victime a donc un combat à mener avec la culpabilité. Grâce à elle, la victime entrera dans la relation à l’autre, mais après avoir été un nœud central, de la réactivité thérapeutique, elle annoncera un renouveau puisé dans les ressources de son âme. La restauration symbolique transformera la représentation de soi masquée temporairement par les humiliations, le rabaissement de l’agresseur, son « meurtre psychique ».

… BIOGRAPHIQUE

Le cinq juillet 1935, c’est l’effervescence dans la chambre des parents située à l’étage au-dessus de l’épicerie familiale à Pavillons-sous-Bois. À l’époque, on accouche chez soi, entre soi, avec la famille réunie pour partager l’évènement. Lorsque le bébé arrive et pousse son premier cri, le champagne est ouvert, les coupes se remplissent, on va souhaiter la bienvenue au nouveau-né. Le docteur, d’un geste, interrompt le brouhaha et déclare à l’assemblée stupéfaite : « il faudra attendre, il y en a un autre qui arrive ! » on n’avait pas d’échographie en 1935, seulement le stéthoscope du docteur pour écouter battre le cœur. Et si les deux cœurs battaient à l’unisson, comment savoir la présence de jumeaux ?
Et le mystère des jumeaux se confirme avec Jacqueline et Robert. Cette communication mystérieuse qui fait que lorsque l’un souffre, l’autre a mal. Dans ces années-là, la chose n’est pas courante, et attire la curiosité. Ces deux-là, toutes leurs vies durant, sont en osmose, se comprennent sans parler, se portent une affection sans nuages. Si la vie les a séparées, physiquement, au hasard de leurs vies personnelles et professionnelles ils se sont toujours retrouvés, comme un besoin viscéral, pour un temps, en vacances, au sport, chez les amis. Pour se dire encore et encore, leur affection mutuelle.

… ÉROTIQUE

… À ce moment précis de notre entretien survint Yoko, cuivrée de la sueur de la danse, les yeux brillants, de suite intéressée par mon interlocuteur.
– Diego, je pensais bien te trouver ici, toi et ton goût des cigares. J’ai suffisamment dansé, envie d’autre chose. Tu me présentes à ton ami ?
– Yoko, je te présente Andres, un ami récent, dis-je avec un sourire complice à l’attention d’Andres, un grand voyageur, un gentilhomme comme tu les apprécies. J’étais attentif à la suite, car Yoko m’avait déjà démontré son attirance pour les hommes mûrs, avec du vécu et des choses à dire. Nous avions même fait avant-hier une belle rencontre, un anglais fortuné, grande famille à particule, qui s’était révélé, dans le courant de notre rencontre plus intime dans mon salon, un vaillant guerrier du plaisir. J’attendais avec gourmandise de voir comment les choses allaient se déclencher et se dérouler, les approches, les temps nécessaires, l’avancée vers des propositions plus chaudes. Je n’en prenais nul ombrage, Yoko n’était pas ma chose, et je laissais à la vie toutes les possibilités de me surprendre, du moment que tout se passait sans violence et dans la bonne humeur.
Andres se leva et fit un galant baisemain à Yoko, qui rosit légèrement d’émotion. Le geste devenait rare. Sa tunique entr’ouverte laissait apercevoir la courbe d’un de ses seins, dont la pointe généreusement mamelonnée, brun foncé, ne pouvait avoir échappé à Andres. Lequel planta son regard bleu dans les yeux voilés par un plaisir naissant chez Yoko, en soutenant son regard appréciateur d’un charmant commentaire…